essais
Tu cherches quoi ? d'Adrien Le Bot
Un article de Télérama m'avait intriguée.
Il traitait élogieusement du récent essai d'Adrien Le Bot qui avait enquêté sur l'homosexualité et la grague ad hoc dans les campagnes françaises.
Aires de repos d'autoroutes ou de nationales, bords d'étangs ou de plage, petits bois, lieux d'anonymat et d'exhibition qui permettent d'obtenir la sexualité souhaitée mais pas vraiment assumée.
Je m'attendais à une analyse sociologique, voire historique, mais non !
Cet ouvrage recueille les confidences, les histoires, des personnes rencontrées par l'auteur en ces lieux.
Un peu redondantes, assez pathétiques, je me suis un peu ennuyée et voyeuse tout à la fois !
Tesla à la plage : L'Energie dans un transat de Nicolas CHEVASSUS-AU-LOUIS
Me revoilà plongée dans un nouvel ouvrage de la collection à la plage pour découvrir, d'une part, la vie de Nikola Tesla et, réviser les enjeux du transport de l'électricité !
Plus visionnaire et inventeur que théoricien ou metteur en œuvre comme Edison, Tesla donne l'impression d'être passé à côté de la gloire, de la notoriété, de la richesse, en faisant des choix pas toujours judicieux en n'allant pas jusqu'à la mise en œuvre concrète de ses idées novatrices.
Plusieurs fois ruine, acculé à exercer de petits métiers, il n'a pas toujours trouvé les mécènes ad hoc pour rebondir, mais le courant alternatif, c'est lui, l'exploitation hydro-électrique des Chutes du Niagara, c'est lui, et tant d'autres choses encore !
Aussi intransigeant que Steve Jobs, vénéré aujourd'hui par les ingénieurs de la Silicon Valley, détesté par Edison, Tesla était vraisemblablement bien trop en avance pour son temps.
Une collection qui permet de (re)découvrir des personnages qui ont marqué leur temps, aux découvertes, ou inventions, expliquées par des schémas très clairs, ...
D'autres volumes m'attendent !
A suivre, donc !
Enfin seule de Lauren Bastide
Non être seule n'est pas une anomalie !
Non apprécier d'être seule pour ne plus obéir aux injonctions de nettoyage, rangement, inculquées depuis des décennies voire des siècles !
Etre enfin seule, mais pas solitaire, pleinement heureuse en l'absence de compagnon; concubin, enfant ...
L'enfinsolitude 'choisie', bien évidemment, celle qui peut arriver une semaine sur deux quand les enfants sont chez leur père, quand on ne recherche pas la compagnie d'un partageur-euse de vie, quand on se suffit à soi-même, quand on s'aime assez pour ça !
Tel est le propos de ce dernier essai de Lauren Bastide, empli de bonnes idées et de déculpabilisation, qui mérite le détour !
Merci à ma fille de ma l'avoir chaudement recommandé
Sommes nous ce que nous lisons ? de George Orwell
Petit ouvrage composé de quatre articles écrits pour des journaux ou magazines entre 1936 et 1946 où George Orwell évoque son activité de libraire, de critique littéraire et sa position de lecteur en finissant par une réflexion sur les 'bons' livres, ceux qui résisteront au temps et ceux qui seront oubliés par la génération suivante.
Nombre de ceux qu'il évoquent sont bien sûr tombés aux oubliettes, mais j'ai trouvé son avis un peu dur et erroné sur les Sherlock Holmes toujours - sinon davantage lus aujourd'hui !
Autre aberration : le titre qui n'a absolument aucun rapport avec le contenu des articles ici regroupés !
Les mystères de l'édition ou de l'attrape-lecteurs !
Bref, un ouvrage qui me permet de valider un item bloquant dans l'un de mes challenges de lectures !
Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle Yon
Il est des secrets de famille que tout le monde connait en partie mais que personne n'évoque.
Dans la famille de la narratrice, son arrière-grand-mère Betsy a passé de très longues années internée, lobotomisée, éloignée de son mari et de ses trop nombreux enfants.
Parce qu'elle s'inquiète de sa propre santé mentale, la narratrice va décortiquer l'histoire de Betsy en interrogeant ses grands parents d'abor, puis les autres enfants de Betsy, en découvrant des lettres, dans les archives familiales, des photos, des souvenirs quasi oubliés et qui remontent bizarrement à la surface au fil des entretiens.
Il y a ceux qui refusent d'en parler (ce qu'on n'évoque pas n'existe pas) et celle qui aura un dernier éclairage des plus pertinents.
La narratrice reconstitue peu à peu le puzzle que fut la vie de Betsy en allant explorer les archives des hôpitaux psychiatriques où elle fut internée, retrouvant même son cas évoqué dans une thèse d'étudiant.
Cette lecture me laisse une impression mitigée de par l'orientation un peu trop à charge contre les institutions médicales, l'avis un peu méprisant envers les soignants qu'elle va rencontrer. Et globalement ce document montre que peu avait changé dans le traitement des maladies mentales entre la fin du XIXème siècle et les années 60.
Reste en suspens le poids de l'histoire familiale sur les individus, la question d'un "gène" de la schizophrénie, voire de la folie au sens large ...
La troisième vie de Fabrice Arfi
Il y a quelques mois j'avais beaucoup apprécié la série , D'argent et de sang, diffusée sur Canal +, inspirée par le précédent document éponyme de Fabrice Arfi, qui y évoquait l'arnaque à la taxe carbone.
Quand j'ai vu que son second docu-roman était encensé par la critique, je me le suis procuré au plus vite et ... j'ai été déçue.
Présenté comme étant centré sur Vincenzo Benedetto, supposé être un espion roumain dans la France des années 70, histoire vraie qui a marqué l'auteur au point que c'en est devenu une quête personnelle.
C'est effectivement le point de départ de cet ouvrage qui part ensuite dans d'autres affaires d'espionnage des années 80 à 2000.
Et notamment celle impliquant Charles Hernu, Ministre de la Défense.
Le lien très ténu avec le sujet principal du roman est que le très bref prédécesseur de Charles Hernu, a demandé le classement sans suite des poursuites impliquant Vincenzo Benedetto.
Un roman qui se lit comme un article de magazine et qui s'oublie aussi vite.
Dommage !
Socrate au pays des process de Julia de Funès
Philosophe de formation, Julia de Funès est consultante auprès de grandes entreprises qu'elle scrute d'un œil critique.
Dans cet essai très drôle elle évoque demandes et comportements, sujets et mots tabous qui pointent sur des maux à cacher, tels le burn-out
"J'appelle ces termes les « motdits » de l'entreprise. Maudits, ils font l'effet d'un répulsif puissant, car ils renvoient à une réalité que l'entreprise ne souhaite pas voir, or, c'est bien connu, rien ne dérange plus violemment que le réel. C'est ainsi qu'un beau jour une « human capital officer » (en moins marketing, ça donne une responsable formation) refuse mon texte [ de présentation d'une formation] en m'expliquant d'un ton calme mais grave (celui du psy qui tente d'apaiser un tueur en série) qu'il faut retirer le mot « burn-out », car celui-ci renvoie à une réalité sensible pour les salariés"
ou l'hypocrisie des pots de départ :
"Ces mêmes collègues (pardon : amis) l'ont calomnié il y a trois jours, et ne reverront jamais ce collègue bien-aimé, mais en entreprise c'est comme en famille, qui aime bien châtie bien. En entreprise, on s'aime et on se déglingue avec entrain. On aime (on like) sur Internet et on ne se supporte pas en réunion. On se suit (followers) sur Internet et on se fuit dans les couloirs. On visionne les profils (view) sans jamais se regarder en face. On s'invite sur un site, mais on s'évite à la cantine"
Bref, un essai salutaire pour me faire apprécier ma vie loin des bureaux depuis 7 ans déjà !
A lire pour se faire du bien !
L’heure des prédateurs de Giuliano da EMPOLI
Un essai qui fait froid dans le dos !
L'auteur est un ancien conseiller politique de Matteo Renzi, maire de Florence puis
Premier Ministre italien.
Dans 'Les ingénieurs du chaos', il montrait les méthodes utilisées par les populistes de tous bords et de tous pays pour accéder au pouvoir, ici ce sont les nouveaux dirigeants mondiaux dont il dissèque le comportement !
A l'imitation d'un scribe aztèque, de la Cour de Moctezuma, décrivant l'arrivée des armées de Cortèz, Giuliano da Empoli nous décrit la prise de pouvoir du Prince saoudien MBS, il nous montre la façon dont se font et défont les alliances onusiennes, les méthodes improbables du Président salvadorien.
Bref, un essai à lire absolument, qui fait peur en montrant l'envers du décor mais parfois aussi sourire notamment lorsqu'il raconte deux séjours rapprochés de Matteo Renzi aux Etats Unis !
Intérieur nuit de Nicolas Demorand
Le 26 mars dernier, dans sa chronique 'LEs 80 secondes' du 7-10 de France Inter, Nicolas Demorand a affiché sa maladie mentale.
Dans cet essai qui paraissait le lendemain, il évoque l'errance médicale et médicamenteuse qui a été nécessaire avant qu'un véritable diagnostic soit établi et permette de soigner sa bipolarité.
Un document poignant qui montre toute la difficulté de mettre un nom sur des maux pour que le traitement puisse démarrer.
Des psychanalystes charlatans aux généralistes dépassés, jusqu'à ce qu'il rencontre le psychiatre qui allait tester, essayer, doser, modifier et trouver le traitement qui lui permet de vivre tant bien que mal, mais aussi de continuer à ajuster en permanence l'assemblage de médicaments qui permettent de contenir les crises de dépression et d'euphorie.
Merci pour ce document
Au ras du sol. Journal d'un écrivain en temps de guerre de Dror Mishani
Dror Mishani était à Toulouse, invité du Festival Polars du Sud*, lorsqu'il apprend, par un SMS de son épouse, l'attaque u Hamas.
Dans l’avion qui le ramène à Tel-Aviv, il commence à rédiger un article : « Peut-être faut-il reconnaître la puissance du coup porté et la profondeur de notre douleur, reconnaître la défaite, ne pas essayer de l’escamoter sous ce qui aura l’air, à court terme, d’une victoire, mais qui ne sera qu’un engrenage de souffrances. »
Suivra un (journal de guerre où il décrit ce qu'il vit, le refuge dans la chambre forte de leur appartement lorsque résonnent les sirènes d'alerte, la sidération de sa fille qui ne décolle pas du visionnage des flashes d'actualité et des outrages faits aux otages alors que son frère continue de se passionner pour les jeux vidéo et les résultats de la premier League.
La vie qui continue cahin-caha, la rentrée universitaire décalée, et ses étudiants en littérature démotivés, le travail de son épouse au mémorial de Yad Vashem qui continue comme si de rien n'était ...
Un récit qui donne à voir la vie par temps de guerre au travers du regard d'un écrivain pacifiste qui trouve réconfort dans la lecture de classiques.