romans africains
Le boucher des Hurlus de Jean Amila
Le père de Michou a été fusillé sur le front en se rebellant contre les ordres lui imposant de monter à l'assaut de Perthes-les-Hurlus, où 140 000 poilus ont trouvé la mort sans que l'endroit n'ait de valeur stratégique (un grand-oncle de l'Homme y est d'ailleurs resté !).
Après l'Armistice sa mère est souvent prise à partie par ses voisines, même si leurs propres maris sont restés embusqués à l'arrière !
Après une ultime algarade où la mère casse le parapluie de la voisine, les gendarmes sont appelés, la mère internée et Michou envoyé à l'orphelinat.
Là il tombe sous la protection de grands qui veulent s'échapper pour s'en aller au soleil de l'Australie voir des kangourous gambader, ou partir jouer les cowboys en Amérique ...
Michou les traite de rêveurs et leur propose un autre plan : aller sur les champs de bataille puis tuer le général qui a conduit son père à la mort.
Ils arriveront aux Hurlus après une épopée rocambolesque qui les verra déguster un bon repas Gare de l'Est, avec des dames partant réconforter des soldats, faire une visite des champs de bataille en compagnie de soldats venant voir ce à quoi ils ont échappé ...
Mais ils ne tueront pas le Général, la grippe, l'autre fléau du moment les aura précédés.
Une écriture et un style tout à fait dans la gouaille de ces titis parisiens, une belle aventure, quelques pages douloureuses quand Michou rend visite à sa mère ...
Mais un roman joyeux qui met en lumière la débrouillardise de gamins dans un monde très sombre !
Les cris de l’innocente de Unity Dow
Alors qu'elle effectue son service national dans le dispensaire d'un petit village de brousse, près du delta de l'Okavango, Armantle chargée du nettoyage d'un débarras, y découvre un ballot de vêtements d'enfants tachés de sang.
Cinq ans plus tôt, une jeune fille, Neo, a disparu et la police a conclu à une attaque de bête sauvage.
Mais la mère de Néo et les villageois ont toujours eu des doutes et ont supposé que Neo ait été la victime d'un meurtre rituel, les organes de jeune fille étant des pièces de choix pour certains cérémonials.
S'ensuit une enquête tortueuse, où les femmes, refusant la fatalité, ont un rôle majeur.
Un roman passionnant qui m'a plongée dans la vie quotidienne d'un village dans la brousse, mais aussi dans les difficultés d'apprentissage et la volonté nécessaire pour mener à bien un cursus scolaire.
Un roman aux personnages de femmes battantes, qui refusent la fatalité et exigent d'être entendues.
Une belle découverte !
Le roi de Kahel de Tierno MONENEMBO
Un challenge de lectures qui demande à lire un livre traitant de la colonisation ou de la décolonisation.
A court d'idée, j'ai demandé l'aide d'autres challengers qui m'o Olivier nt chaudement recommandé cet ouvrage (qui chouette, me permet de cocher des items d'autres challenges, dont une nouvelle nationalité d'auteur !)
Je m'en suis donc allée en Afrique avec Aimé Victor Olivier, industriel chimiste lyonnais, fasciné par l'Afrique depuis son plus jeune âge et qui, après avoir fait fructifier les industries familiales, laissa femme et enfants à Lyon pour poursuivre son rêve d'enfant.
Il alla explorer le pays Peul avec des projets de construction d'un chemin de fer, discuta avec les chefs ou rois des différentes ethnies, tomba amoureux de Kahel, à ses yeux jardin d'Eden, sans jamais arriver à y représenter la France qui rejetait ses propositions.
Alors il devint le vicomte de Sanderval, titre décerné par le Portugal, revins inlassablement discuter, palabrer avec l'almâmi, le chef suprême de ce royaume théocratique qui lui donne le plateau de Kahel et l'autorise à battre monnaie à son effigie.
Malgré les maladies, les aller-retour vains dans les ministères parisiens, il reviendra inlassablement à Conacry, qu'il verra devenir une ville, mais jamais il ne parviendra à donner ce territoire tant aimé à la France.
Roman d'aventures, roman d'une colonisation ratée, de l'amour d'un pays de ses habitants, de sa faune et de sa flore, malgré l'hostilité de la nature et des premiers contacts.
Une belle histoire servie par une belle écriture !
La sonate à Bridgewater d'Emmanuel Dongala
Un challenge de lecture qui me demande de lire un livre d'un auteur dont la nationalité commence par la lettre C [Centrafricaine (République)] ; c'est bon !
Une nouvelle nationalité pour mon challenge globe Trotter en prime ! C'est tout bon !
C'est pour ces deux (mauvaises ?) raisons que je me suis plongée dans ce roman étonnant qui raconte la vie d'un jeune violoniste prodige, qui sous la houlette d'un père autoritaire parcourt les capitales européennes, à l'image de la famille Mozart.
Sauf que le père de George Bridgetower, neuf ans, ce violoniste prodige , est un Noir de la Barbade qui se fait passer pour un prince d’Abyssinie.
Après plusieurs années au service du prince Esterhazy ; il quitte Vienne pour Paris, rencontre des Encyclopédistes, joue à la cour de Marie Antoinette et se frotte à quelques révolutionnaires anti esclavagistes, tels que Condorcet, Théroigne de Méricourt ou Olympe de Gouges.
On les retrouve à Londres, où George devient le favori du jeune prince de Galles, s'émancipe d'un père qui vivait de ses cachets se produit à la Cour où il rencontre les plus grands violonistes et compositeurs de son temps.
Au retour à Vienne, il fréquente Beethoven avec qui il va jouer une sonate enjouée et virevoltante qui, après leur brouille perdra son nom de sonate à Bridgewater pour devenir la toujours célèbre sonate à Kreutzer.
Une jolie histoire qui nous entraîne de Cour en Cour dans le tourbillon des années 1780-1810.
Une belle découverte.
L'assassin du Banconi de Moussa Konaté
J'ai découvert Moussa Konaté au début de l'année, lorsqu'un de mes challenges de lectures m'avait demandé de lire un livre d'un auteur d'Afrique subsaharienne.
Retombée sur la même demande cette semaine, j'ai décidé de repartir depuis le 1er tome des enquêtes du commissaire Habib.
Cette fois, deux enquêtes le sollicitent, toutes deux dans le même quartier, le Banconi et portent l'une sur des assassinats étranges, les victimes, empoisonnées, sont toutes découvertes dans des latrines, et l'autre.sur un trafic de fausse monnaie.
Assisté de son fidèle lieutenant Sosso, ils découvriront le coupable, et froisseront au passage quelques susceptibilités hiérarchiques.
Un roman bien plaisant, bourré d'humour ...
C'est sur : je lirai les autres volumes de ces enquêtes !
Nous sommes tous des féministes suivi de La marieuse de Chimamanda NGOZI ADICHIE
Un challenge qui appelle à la lecture d'un titre formant une phrase complète (sujet, verbe, complément) ...
Un moment à farfouiller dans les entrailles de ma Kobo d'où j'ai extirpé ce tout petit recueil composé, d'une part, de réflexions sur la condition féminine au Nigéria et, d'autre part, à une nouvelle sur les premiers jours aux USA d'une jeune nigériane épousée par un (futur) médecin.
L'auteur y pointe du doigts les principaux stéréotypes genrés : les serveurs de restaurants, chauffeurs de taxi ... ne s'adressent qu'à l'homme qu'ils remercient, même si c'est la femme qui a réglé la note.
Elle évoque le poids de la tradition qui conduira les garçons à des études supérieures, même si leurs sœurs plus brillantes devront rester au village pour financer les études du mâle ...
Bref, encore beaucoup de chemin à faire, de pages à écrire, de forces à mobiliser pour qu'un jour arrive l'égalité.
Un recueil à lire absolument !
La voisine de Yewandé OTOMOSO
Hortensia et Marion, octogénaires, vivent dans deux maisons voisines, dans le quartier huppé de Katterijn Avenue, dans une petite ville d'Afrique du Sud .
Marion est blanche, issue d'une famille pauvre, qui a réussi à devenir architecte, a conçu des maisons rêvant d'y vivre ... mais c'est Hortensia, une noire célèbre designer d'intérieur, qui habite dans la maison où Marion a mis le plus d'elle même.
Hortensia, née à La Barbade, a vécu à Londres, puis a suivi son mari cadre supérieur chez Unilever, tout en conservant son activité créatrice, télétravailleuse avant l'heure, et s'inspirant des décors et ambiances des pays où elle a résidé.
Hortensia n'est pas aimable ; Marion est aigrie.
Leurs affrontements sont rugueux dans les réunions de l'association de résidents, notamment lorsque d'anciennes familles ayant vécu dans les logements des serviteurs noirs, souhaitent revenir dans l'avenue.
Un accident de chantier conduira les deux femmes à cohabiter, à découvrir qu'elles ne sont finalement pas si différentes, que leurs vies si différentes en apparence, sont en fait très semblables. ...
Un roman qui remet en évidence la transition pas si facile de l'Afrique du Sud au moment du passage de l'apartheid à une cohabitation neutralisée.
Une traversée du xxème siècle de deux femmes qui n'ont jamais cessé d'avoir des occupations professionnelles créatives dans un temps où cela n'était pas si courant. Des femmes qui ont rompu avec les traditions familiales pour se créer un destin, pas toujours rose, pour exister par elles mêmes.
Un roman choisi pour son auteur, née à La Barbade, qui me permet de cocher une nouvelle nationalité dans le Challenge Globe Trotter ; auteur dont je vais tâcher de trouver d'autres opus ...
a suivre, donc !
Les veilleuses de Solenn Bardet
Un roman choisi pour faire avancer le challenge Globe Trotter - je n'étais pas encore passée en Namibie - qui m'a fait découvrir l'histoire de ce pays et notamment sa colonisation allemande dont je n'avais jamais entendu parler !
Le roman commence avec l'emprisonnement de Tulipamwe, accusée d'avoir usé de magie pour empêcher la construction d'un barrage en rendant malades les ouvriers chinois.
Son père, un diplomate français lui apporte une rame de papier pour qu'elle écrive ses mémoires, ses souvenirs et explique son geste.
Et c'est ainsi qu'elle déroule ses trente ans, née dans un petit village d'une femme célibataire, dont le propre père devient le père de l'enfant, celui qui l'élève et l'éduque. Le père biologique réapparait dans sa vie lorsqu'elle a 9 ans et il l'invite à passer une semaine à Paris au moment des fêtes de fin d'année !
Les femmes de la tribu des Himbas, portent une jupette en peau de mouton et se couvrent le corps d'un mélange de graisse et d'ocre qui les habillent aussi bien que les frusques de fast fashion. Pour qu'elle prenne l'avion son beau-père lui achète un T shirt mais à l'arrivée, le choc des cultures est terrible ; les sièges de l'auto ne se remettront pas du contact de son corps et sa belle-mère sera hystérique à l'idée qu'elle puisse effleurer ses murs et son mobilier blancs.
Choc des cultures, choc des mondes.
Le roman rend très bien les difficultés réciproques, le passage d'une vie frugale à l'opulence française, et, quand elle aura grandi, la rigidité occidentale des relations amoureuses quand tout est plus libre dans son ethnie.
Un roman qui donne également beaucoup à voir et à comprendre sur les prémisses des camps de la mort déjà expérimentés par les nazis en Afrique dès les années 20 du XXème siècle.
Un roman qui montre aussi les 'trocs' diplomatiques : un barrage construit par mes industriels contre un accès à tes ressources naturelles ...
Bref un roman passionnant, instructif et qui donne matière à réfléchir quant aux habitudes culturelles de chacun.
Carrefour des veuves de Monique Ilboudo
Le terrorisme : une affaire d'hommes.
avec des femmes comme victimes collatérales.
Les épouses, les veuves qui n'ont que peu d'existence légale, qui n'ont pas de revenus, ni pour elles ni pour élever leurs enfants qui parfois se retrouvent à épouser des hommes de la famille de leurs maris ...
Dans ce court mais très percutant roman Monique Ilboudo nous raconte listoire de Tilaine, sage-femme au Burkina-Faso, dont le mari a été assassiné pour s'être interrogé sur l'affectation d'armes dont les douaniers ne voyaient jamais l'arrivée alors qu'il surveillaient la frontière par où se glissaient les terroristes sahéliens ...
Pourvue d'un métier, bien entourée d'amies, Tilaine a éduqué ses enfants, et s'est souciée du sort de ses congénères, des jeunes, de celles qu'on voile et qui accusent et qui rêvent d'une autre vie
Plier, faire semblant de se soumettre et lutter pour être entendues.
Un roman à lire !
L'affaire des coupeurs de têtes de Moussa Konaté
Dans la petite ville de Kita, au Mali, des jeux d'enfants bousculent un mendiant qui s'effondre, et on lui découvre son corps sans tête !
Le commissaire Dembélé un Malinké, et son adjoint le lieutenant Sy, un Peul démarrent une enquête compliquée ; personne n'a rien vu, on ne connait même pas le nom du mort, stocké à la morgue dans l'attente d'informations complémentaires.
Lorsqu'un deuxième cadavre est découvert, que des esprits malins se révèlent sur une colline avoisinante, le Préfet se fâche, et le commissaire Habib, natif de la ville, débarque de Bamako avec son adjoint, le jeune capitaine Sosso.
Entre révolte des jeunes et conseil des anciens, sabotage de la voiture de Sosso, les policiers de la capitale arriveront à identifier les coupables, qui seront révélés dans un final digne d'Agatha Christie, avec Habib dans le rôle d'Hercule Poirot !
Un roman que j'ai beaucoup apprécié par la vivacité de son écriture, la plongée dans des paysages et des comportements méconnus.
Des personnages bien campés, des pointes d'humour bien placées, et voilà donc un nouvel auteur qui rejoint la cohorte de mes indispensables !
A suivre, je viens de glisser d'autres enquêtes du commissaire Habib dans ma liseuse !