romans du moyen orient
La nuit du hackeur de Yishai Sarid
Un auteur que j'ai découvert il y a bien longtemps, avec 'Le poète de Gaza', qui m'avait été fortement décommandé par une libraire bretonne et que j'avais beaucoup apprécié tout comme mon mari et ma fille !
Retrouvé ensuite avec 'Une proie trop facile', je viens de me régaler avec La nuit du hackeur.
Zivi , un jeune israélien un peu geek, que des parents un peu trop absents ont surchargé de responsabilités dans son enfance et préadolescence, est repéré lors de son service militaire pour ses talents informatiques.
A sa sortie des obligations militaires , il entre dans une société de cybersurveillance, spécialisée dans la vente à qui le souhaite de logiciels espions qui pénètrent dans téléphones et ordinateurs pour en afficher tous les contenus.
Persuadé de travailler dans la lutte contre le terrorisme, Zivi enchaîne les missions, en Afrique, puis en Europe de l'est jusqu'au dérapage inévitable.
Un roman passionnant avec une montée graduelle de la prise de conscience et de l'emprise.
Vivement le prochain opus de cet auteur !
Beyrouth noir (Collectif)
Le défi du mois du Challenge Globe trotter qui demande un nom de pays uu de ville dans le titre, le lancer de dés de décembre du même challenge qui demande un pays commençant par L, les conditions étaient réunies pour que je lise cette anthologie de nouvelles 'Beyrouth noir', publiée par les Editions asphalte.
J'avais déjà lu plusieurs livres de cette collection et j'avais été emballée ...
Mais là pas du tout !
J'en ai même abandonné la lecture ce quine m'arrive jamais (ou presque).
Du titre Beyrouth noir, je n'ai ressenti que le mot 'noir' tant ces récits auraient pu se dérouler n'importe où, ou presque !
La première mise à part, où une nouvelle-née morte à sa naissance parcourt les lieux emblématiques de la ville et de la vie de sa famille avant de partir dans les limbes !
Pour les autres que j'ai lues : du noir, du glauque, du limite malsain, des personnages désabusés qui errent dans une ville la nuit et dans leur passé,
Noir c'est noir et il n'y a pas d'espoir !
Dommage !
Bref, j'oublie très très vite ... mais je valide les items du challenge
Racine carrée du verbe être de Wadji MOUAWAD
A partir du postulat : ""Pourquoi vivre ne suffit il pas à notre bonheur ?", Wadji Mouawad déroule dans cette pièce de théâtre toutes les vies possibles de Talyani Waqar Malik, dont les parents ont fui la guerre civile du Liban et 1978 quand il avait 9 ans.
Au moment où le port de Beyrouth vient d'être détruit par une explosion massive. on découvre Talyani dans toutes ses vies possibles : neurochirurgien italien, chauffeur de taxi parisien, peintre québécois, condamné à mort texan, boutiquier de jeans libanais.
Que ce serait il passé si le premier vol pour quitter Beyrouth, en 1978, avait été pour Rome et non Paris, si le visa français avait été prolongé l'année suivante, s'ils avaient pu émigrer aux Etats Unis et non au Canada ...
Tous ces possibles se déroulent devant nous en un texte choral au moment de la mort du père qui réunit - ou pas- la fratrie, Talyani sa sœur et son frère.
Un texte fort qui évoque des considérations écologiques (faut il sauver des arbres menacés par une construction à but social), éthiques (la fin de vie), les liens familiaux, le rapport au monde.
Un texte fort aux personnages tourmentés à souhaits.
Une belle œuvre !
Le cas critique du dénommé K. de Aziz Mohammed
Un auteur originaire d'Arabie Saoudite, nouvelle nationalité pas encore lue ...
Je m'attendais à découvrir beaucoup de choses sur la vie quotidienne dans ce pays méconnu ...
Mais en fait non.
Hypocondriaque depuis sa naissance, faible, agaçant, je menfoutiste et fainéant, le narrateur, écrivain en herbe fan de Kafka, passe sa vie à agacer son entourage tant familial que professionnel, jusqu'au jour où on lui découvre une forme de leucémie qui nécessite un traitement par chimiothérapie.
S'en suit la description précise de sa vie à l'hôpital, de ses co-malades, médecins et de l'évolution du regard de ses proches.
Bref, à part d'apprendre que les soins médicaux étaient pris en charge par l'Entreprise, ce livre ne m'a pas apporté grand chose et je me suis ennuyée à sa lecture sans que rien ne la sauve !
Dommage !
Un simple enquêteur de Dror Mishani
Après m'être régalée avec 'Une , deux, trois', il était logique que je me procure au plus vite le nouveau roman de Dror Mishani.
J'y ai retrouvé Avraham Avraham, qui s'ennuie dans son job de commissaire auquel il préfère les enquêtes de terrain où il se sent plus utile.
Récemment marié à la belle Marianka, portant le deuil de son ancienne patronne emportée par un cancer, il continue de jouer en solo ...
Deux affaires totalement différentes arrivent sur son bureau le même jour : un touriste suisse disparaît de l'hôtel miteux où il s'était présenté un soir tard et un bébé prématuré est abandonné dans un sac au beau milieu d'un centre commercial.
Deux affaires apparemment toutes simples ... Le touriste est retrouvé mort sur une plage. LEs caméras de surveillance ont permis d'identifier la personne qui a abandonné le bébé ...
Mais deux affaires bien plus complexes qu'il n'y paraît et qui emmèneront Avraham jusqu'à Paris - le lieu d'enquêtes d'un de ses personnages préférés : Jules Maigret -
Un roman complexe à souhaits, entre relations personnelles, mère abusive et services secrets ...
Bref un roman policier bien plus profond qu'il n'y paraît et où l(auteur dévoile d'autres facettes de son talent ...
A suivre ... Dès que le prochain opus de l'auteur sera sorti !
Le rocher de Tanios d'Amin Maalouf
Au fin fond du Liban dans les années 1830, Tanios nait dans la famille du nouvel intendant du palais du Cheikh Francis, Gérios et de son épouse la belle Lamia. Tanios fils de son père ou du Cheikh ?
Personne ne sait, personne ne saura, mais cette incertitude marque à jamais Tanios, qui, dès son plus jeune âge fait preuve d'une grande sagesse.
Voulant étudier et attendant davantage que le simple enseignement de l'école catholique, il saisira l'opportunité d'aller à l'école britannique tout juste implantée dans le village, il y apprendra l'anglais, appréciera le beau jardin à l'anglaise aux roses si odorantes ...
En ces temps troubles où puissances européennes et ottomanes se disputent (déjà !) le Liban, Tanios saura profiter de toutes les occasions pour échapper aux mauvais sorts et tirer son épingle du jeu.
Un roman d'aventures et d'histoire servi par l'envolée d'une belle écriture.
J'ai mis du temps avant de m'y plonger ... mais quel régal !
Karnak Café de Naguib Mahfouz
Je me suis plongée dans cet ouvrage pour des tas de mauvaises raisons comme le fait qu'il me permettait d'avancer dans nombre de mes challenges, mais la grande surprise fut que j'ai beaucoup apprécié cette lecture.
Dans le milieu des années soixante, au Caire, le café Karnak est le lieu de rendez-vous de vieux habitués et de 3 étudiants progressistes, qui y palabrent des heures entières sur leur avenir, celui de leur pays.
Un jour, les trois jeunes ne viennent pas.
A leur retour, le narrateur découvre qu'ils ont été arrêtés par la police qui les suspectait d'appartenir aux Frères Musulmans. Ce séjour en prison les a transformés, ils ne sont plus aussi loquaces, Ismail et Zainab semblent moins amoureux.
Rebelote quelques semaines plus tard, cette fois on leur reproche leurs inexistante sympathies communistes. Mais cette fois, Hilmi ne reviendra pas, il meurt en prison.
Les temps changent. En juin 1967, l'Egypte est battue à plate couture par Israël.
Et la vie continue, moins douce qu'avant
Un excellent roman, un peu trop court à mon goût sur la vie dans une Egypte bien plus libre qu'aujourd'hui, malgré la police politique, les arrestations arbitraires ...
Une plume précise et très évocatrice qui me donne envie de lire d'autres romans de NAguib Mahfouz, que je vais donc m'empresser de rechercher
Une, deux, trois de Dror MISHANI
La première, c'est Orna, jeune enseignante au divorce douloureux qui passe son temps à accompagner la détresse de son fils en oubliant la sienne
La deuxième c'est Emilia, émigrée lettone de cinquante ans, auxiliaire de vie anla situation précaire tant financièrement que sentimentalement
La troisième, c'est Ella, jeune mère de famille débordée par ses trois enfants et son mari jaloux, qui a choisi le calme relatif d'un café pour écrire sa thèse.
Leur point commun Guil, bel avocat en instance de divorce qui les drague et les laisse tomber amoureuses de lui ...
Je m'arrête là pour ne rien divulguer mais ce roman extrêmement bien construit ma laissée sur ma faim.
Quel mobile pousse au crime ?
J'aime bien savoir et je n'ai pas su !
Bref un bon roman qui aurait mérité quelques pages supplémentaires !
Une soupe à la grenade de Marsha Mehran
Dans un tout petit village irlandais, en 1985, arrivent trois jeunes filles iraniennes qui ont fui la révolution islamique.
L'une est lycéenne, une est cuisinière, l'autre noie sa peur dans un travail acharné.
Un récit où vont se dévoiler peu à peu les secrets de chacune, un village où il faut du temps pou rêtre accepté, mais où la bienveillance et les bonnes gens permettent le partage ...
Une narration dont tous les chapitres sont séparés par les recettes de cuisine concoctées et servies par les trois sœurs, qui vont attirer les villageois alléchés par ces odeurs étranges et envoûtantes ...
Un roman découvert par hasard et dont je me suis régalée à tous les sens du terme !
Une auteur à la trajectoire tragique morte malheureusement bien trop tôt !
La terre qui les sépare de Hisham Matar
Un roman, non un récit sur l'exil sur les exilés, sur l'amour de la terre natale, le besoin de savoir, la 'impérieuse nécessité d'y revenir pour tarir les blessures de l'âme ...
Un ouvrage emprunté à la médiathèque pour ma mauvaise raison habituelle : cocher un nouveau pays dans mon challenge Globe trotter, mais un livre qui m'a captivée d'un bout à l'autre par la qualité et la poésie de l'écriture, les méandres des souvenirs et ce récit plein d'amour de ce fils qui veut obtenir la preuve de la mort de son père afin de pouvoir, enfin, en faire le deuil.
Ce récit qui court sur plusieurs souvenirs évoque la vie de l'auteur, et de son père, Jaballa Matar, qui, après avoir fui en Egypte avec toute sa famille a été enlevé, enfin remis par la police égyptienne aux services libyens. Jaballa Matar, opposant dès le début au régime de Khadafi, avait rapidement quitté son pays natal à l'avènement du régime et s'était caché, en Europe puis en Egypte. Ses fils furent inscrits dans des écoles suisses et britanniques sous de faux noms, mais firent l'objet de tentatives d'enlèvement ...
Après l'emprisonnement du père, sa famille reçut des lettres, envoyées secrètement et passées de mains dissidentes en mains amies ... et puis, en 1990 : plus rien.
Vingt ans plus tard, Hisham Matar va reprendre l'enquête, sollicitant ONG et gouvernements, retournant en Lybie, rencontrant des dignitaires du régime qui font traîner leurs réponses en longueur ...
Un récit que j'ai trouvé terriblement émouvant sur la construction de l'Homme qu'est devenu l'auteur, sur son enfance, sur l'amour qui l'a toujours lié à ses parents, malgré l'absence et l'amour de la terre familiale, de la famille élargie, des liens persistants entre ceux qui sont restés et ceux qui ont fui.
Un récit très bien servi par une traduction certainement à la hauteur du texte original. Un texte qui mérite amplement le Prix Pulitzer de la biographie reçu en 2017.